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15 jeux et albums jeunesse pour travailler l'EVAR en primaire

Cycle 1 à 33 min
Claire Legall-Donot
Claire Legall-DonotProfesseure des écoles depuis 2004

Travailler l’EVAR peut faire grincer des dents du côté des parents, comme du côté des profs. Que va-t-on apprendre à nos enfants ? Sur quel temps va-t-on prendre ce nouveau temps de travail ? Ces questions sont normales et nécessitent quelques explications pour rassurer tout le monde.

D’abord, on ne fait rien de vraiment nouveau par rapport à ce qu’on faisait avant : on explicite davantage nos gestes professionnels et nos séances de vivre ensemble ou d’EMC sur l’axe respect de soi, respect de l’autre, coopération, etc. Et tout ça, on le fait déjà ! Donc les 3 heures demandées par an sont au final bien en deçà de ce qu’on peut déjà faire parfois.

Ensuite, on rassure les parents : en élémentaire et en maternelle, on ne parle pas sexualité aux enfants. On ne parle que de parties du corps à ne pas toucher chez l’autre, que consentement et le droit de dire non… Rien de très nouveau non plus !

Enfin, nous avons toutes et tous dans nos classes des outils pour travailler les axes de ce programme. Alors pas de panique, cet article te donne des pistes pour aborder l’EVAR de manière sécurisée et sécurisante !

En premier lieu, affûter son esprit critique et se parer aux questions

Anecdote : C’est du vécu…

Message d’un parent reçu en début d’année :

“Bonjour madame, je viens d'apprendre par des amis que l’école doit parler aux enfants de sexualité. 

Comme mon fils est en CE2, je ne veux pas qu’il soit là quand vous en parlerez car il est beaucoup trop jeune. Merci de me donner la date car il sera absent ce jour-là."

Que dire à ce parent évidemment inquiet d’avoir entendu qu’on allait parler sexualité à son fils de 8 ans ? Cette situation existe, et se répétera. Pourtant, il est possible de déconstruire ces mythes et de rétablir la réalité de l’EVAR.

Conseil : communiquer en transparence avec les familles & définir ce qu’est l’EVAR (et ce que ce n’est pas aussi !)

En début d’année de préférence, cette explication évitera nombre d’angoisses inutiles sur cet apprentissage. Pour cela, les textes nous sauvent (merci Eduscol) : 

“Dans le premier degré (école maternelle et élémentaire), elle prend la forme d’une éducation à la vie affective et relationnelle axée sur le développement de l’enfant et des relations sociales. 

Elle aide les enfants à comprendre les transformations de leur propre corps et celui des autres, à développer le respect de l’intimité et des droits de chaque personne, et à poser les bases d’une citoyenneté éclairée.” 

La mise en oeuvre s’appuyant sur 3 axes : 

  • se connaître, vivre et grandir avec son corps ;
  • rencontrer les autres et construire avec eux des relations, s’y épanouir ;
  • trouver sa place dans la société, y être libre et responsable.

 

Bref, tous les éléments de langage sont à disposition donc usons-en à foison car si l’on résume, l’EVAR en primaire ne parle aucunement de sexualité (et c’est bien cette question qui est au centre du débat). 

En primaire, il n’y a pas le S à EVAR (contrairement au collège et au lycée). Et ce qu’on y enseigne est souvent déjà fait en classe ! 

Construire le respect de soi et de l’autre, apprendre à coopérer mais aussi à dire “non” sans violence, savoir parler à un adulte de confiance… Et évidemment que nous le faisons déjà dès les petites classes. Donc rassurons-nous aussi sur ce que c’est et sur ce que ce n’est pas : ce n’est pas du temps en plus à trouver !

je passe à l'action

  • Avant de se lancer, lire, lire, lire les programmes pour savoir ce que l’EVAR est et ce qu’il n’est pas. De cette manière vous serez préparé-e à répondre aux inquiétudes des parents, qu'elles nous paraissent légitimes ou non.
  • Aller lire aussi la foire aux questions d’Eduscol qui brasse un tas de questions, évite les quiproquos et donne des éléments de langage clairs pour communiquer sereinement.
  • Travailler en équipe, assister aux formations prévues. Oui, cela aide à mieux comprendre les attendus quand on s’y perd un peu, et ce qui est top, c’est que le partage des pratiques entre pairs est une véritable mine de possibilités et de pratiques variées. Cela permet aussi de dédramatiser et de prendre conscience qu’on a parfois déjà tout ce qu’il faut pour agir.
  • Communiquer avec les familles dès la rentrée de préférence. Accepter que des parents inquiets puissent sur-réagir. Éventuellement, inviter les parents à assister à une séance pour les rassurer, ou proposer un café des parents au sein de l’école pour déconstruire ces mythes.

Ensuite, prendre conscience de l'importance de ce programme (et notre rôle)

"Encore un nouveau truc à enseigner !
Quand vais-je trouver le temps d’en parler ?
Encore une nouvelle lubie ?" 

peut-on entendre en salle des maîtres….

Évidemment que cela peut nous inquiéter, nous les profs, aussi car il nous faut du temps pour intégrer les informations, nous les approprier, et engager l’évolution de nos pratiques. Parfois, il ne s’agira que d’organiser sur l’année des séances qui existaient déjà de manière moins formelle ou que l’on incluait sous une autre dénomination. 

Parfois, on se dit que oui, il est temps d’en parler, parce qu’il y a eu des petits problèmes de respect du corps de l’autre dans la classe et que c’est une bonne approche pour y remédier. 

Et en fait, doit-on attendre que la question se pose ? Nous le voyons aujourd’hui, la parole se libère de plus en plus et il est criant de voir que la prévention n’a souvent pas été faite. Alors si ce n’est la famille qui le fait, c’est bien à l’école aussi de faire (pour rappel, 81% des abus sexuels sont commis dans le cercle familial).

Notre rôle est bien là aussi, apprendre aux enfants à reconnaître les situations anormales, à savoir vers qui se tourner le cas échéant. Participer à notre propre formation sur ce point est donc un indispensable. Et ça peut bien se passer, car nous ne sommes pas seuls !

Après 23 ans de finalisation de ce programme, il est donc formalisé dans ce livret. Et par chance, les propositions sont complètes ! 

On y trouve pour tous les niveaux les objectifs, les programmes, une foire aux questions, des flyers en différents format pour les familles, les livrets pédagogiques et l'annuaire des équipes académiques de pilotage du programme EVAR(S). Plus de détails encore ici !

je passe à l'action !

  • Lire les programmes de son niveau : franchement, ce n’est pas si long ! (partie programmations et attendus).
  • Associer les activités ou supports qu'on connaît déjà aux objectifs prévus. La littérature de jeunesse est un trésor inépuisable… On en parle dans cet article.
  • Planifier les séances sur l’année. Cela permet de s’y tenir, et de laisser aussi le temps pour réactiver, mémoriser, réinvestir.

Et enfin : choisir des supports qui nous plaisent à nous aussi !

C’est bien beau tout ça, mais par quoi on commence concrètement alors, quels supports choisir ? Aller, je te partage  mes outils chouchous pour aborder l’EVAR en classe.

Il y a des livres, mais aussi de courtes vidéos ou de simples situations à partager avec les élèves pour échanger, discuter, bref parler d’un sujet qui paraît parfois tabou mais qui au fond nous parle à tous et qui donne des outils aux élèves.

Sélection d'albums jeunesse

NB : Si vous mutualisez vos albums au sein de l’école, plus besoin de tout acheter ! On peut même imaginer 10 séances autour de 10 livres différents, abordant les différents axes de l’EVAR sans même devoir investir un centime ! La création d’une malle pour l’équipe peut vous sauver.

5 albums jeunesse pour l'EVAR en maternelle

Le premier est mon préféré pour les petits. Oui on peut aimer les calins mais oui on a aussi le droit de ne pas aimer et de le lire. Nan mais oh, c’est mon corps après tout ! En lecture initiant un petit débat en classe, ce livre est une pépite.

À lire aussi : Des ateliers CPS maternelle/collège autour des albums de Baptiste Beaulieu

Et en format vidéo ?

Je conseille les deux petits films Ton corps t'appartient et Le consentement expliqué aux enfants. On peut proposer un visionnage en plusieurs temps avec des pauses choisies : situation initiale, problématique évoquée, solutions proposées, etc. 

Sur ces temps de pauses, on sollicite aussi la réflexion des élèves sur ce qu’ils ont vu, compris, ce vers quoi ils peuvent faire des liens (des lectures par exemple, d’autres films) et sur les idées qu’ils auraient pour rétablir la situation. 

Nous pouvons et devons nous faire aussi l’écho des “bonnes pratiques” en fin de séance, pour aboutir à un affichage collectif parexemple en fonction de l’axe choisi au départ. Cet affichage pourra être explicité ensuite par les élèves dans les autres classes.

Sélection de 3 jeux de cartes

À partir de ces jeux, nous permettons aux élèves de mettre des mots sur les émotions qu’ils pensent vivre régulièrement ou au moment même, d'échanger entre pairs sur les ressentis physiques des émotions vécues, sur les besoins liés à ses émotions, sur les éventuelles possibilités de contrôle de ces émotions parfois désagréables.

je passe à l'action !

  • Se plonger dans les nombreux outils que nos classes, nos écoles, nos bibliothèques regorgent. Pas besoin d’investir forcément, des pépites se nichent sur nos étagères. Et le numérique est là pour combler nos manques. 
  • Se créer une petite malle de ressources, pour la classe ou par cycle, peut déjà nous permettre de nous mettre en mouvement. Cela permet aussi de trier et catégoriser les diverses entrées que cet enseignement nous propose et d’organiser nos enseignements de manière pragmatique et efficace.
  • Choisir la manière dont on va le présenter, le séquencer, qui fera la différence : 
    • À quel moment je fais une pause dans ma lecture ? 
    • À quel moment je laisse les élèves débattre entre eux ? 
    • Sur quelles pages je vais prendre appui pour faire émerger la notion à étudier ?

Bonus : profiter des pratiques EVAR… déjà intégrées dans ton quotidien !

“Maitresse, H. n'arrête pas de toucher mon pull !” 

Cette situation est fréquente chez les petits, mais existe aussi chez les plus grands, lorsque la question du consentement et du respect du corps de l’autre n’est pas stabilisée chez certains de nos élèves.

Et beaucoup d’entre nous diront ici, à juste titre, que finalement, l’EVAR, on le fait aussi au quotidien. Effectivement, hormis ce volume horaire prévu dans les textes, l’EVAR, c’est aussi du vécu au quotidien, et notre modélisation est essentielle.

La modélisation est un puissant levier d’apprentissage

Demander l’autorisation aux élèves pour regarder le bobo au genou, toucher le front pour vérifier la température, pour dire bonjour en faisant un petit câlin, c’est bien la question du consentement qu’on initie ici, ainsi que celle du respect du corps de l’autre… C’est ça aussi, le travail en EVAR. 

Mais cela ne l’est vraiment que si tu prends le temps d’expliquer aux élèves pourquoi on leur demande leur autorisation. De cette manière, lorsqu’un élève touchera un de ses camarades sans autorisation, sans son consentement, tu sauras lui dire : 

“Rappelle-toi, lorsque tu as mal quelque part, je te demande l’autorisation de regarder, de te soigner… C’est pareil entre toi et tes camarades.”

À lire aussi : Comment aborder la notion de consentement en maternelle ?

je passe à l'action !

  • Toujours demander le consentement pour les contacts physiques du quotidien.
  • Expliciter pourquoi on le fait et demander aux enfants d’essayer de faire de même.
  • Prendre du recul sur les “erreurs” des élèves : ils sont là pour apprendre aussi.

Avoir peur de l’EVAR est une erreur. Apprendre aux élèves à connaître leur corps, à connaître ses limites, ce qu’ils aiment ou non, comment vivre et coopérer avec les copains, ce que signifie le respect : rien de très nouveau dans notre pratique, si ce n’est un peu de cadrage et de précision sur nos objectifs. Et de mots rassurants envers des parents, qui ne sont pas infaillibles aux rumeurs et à la désinformation médiatique !

un point de vigilance pour finir

Si un élève vient à te dire quelque chose d’intime ou une expérience mal vécue, quelle qu'elle soit, parles-en à tes collègues ou ta direction, ou au psychologue scolaire. On réfléchit mieux à plusieurs quand on prend du recul. Les paroles des enfants sont à écouter attentivement et avec prudence aussi !

Et pour plus de conseils sur la façon de construire tes séances, cette fiche-outil te sera utile :

Installer un cadre sécurisant pour travailler l’EVAR

Fiche outil

Cycle 1

Aborder l’EVAR demande un climat de confiance. Cette fiche propose quelques repères simples pour favoriser l’expression des élèves et garantir des échanges respectueux autour des émotions, du corps et…

 

Claire Le Gall-Donot, professeure des écoles depuis 2002, PEMF depuis 2000, maîtresse en CE2 et formatrice aussi, titulaire d'un DU en neuro-éducation de Paris-Descartes et fan de licornes for ever